Financement de nouvelles centrales nucléaires: importance de la répartition des risques et de la gestion de projet
Comment financer la construction de nouvelles centrales nucléaires et quelles conditions doivent être réunies au préalable? Dans le cadre du webinaire organisé par le Forum nucléaire suisse le 8 octobre 2026, le professeur Jan-Horst Keppler, conseiller économique senior de l’Agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN), a décrypté les mécanismes de financement appliqués au niveau international et exposé les facteurs déterminants pour la réussite économique de nouveaux projets de centrales nucléaires.

Un débat animé a actuellement lieu sur la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Dans ce contexte, le financement des projets de nouvelles centrales constitue une question clé. Soulignant l’importance de la limitation et de la répartition des risques, Jan-Horst Keppler a rappelé que le financement, l’organisation du marché de l’électricité et la gestion de projet sont étroitement liés et ne peuvent être envisagés isolément.
Le risque lié à la construction constitue l’un des principaux défis du financement. L’importance des capitaux à mobiliser en amont, la durée des chantiers et les risques de dépassement des coûts peuvent en effet constituer des obstacles majeurs à la réalisation des projets. Jan-Horst Keppler a ainsi mis en évidence l’intérêt de combiner financements publics et investissements privés, tout en assurant une visibilité à long terme sur les revenus. À cet égard, des dispositifs éprouvés à l’international, tels que les contrats pour différence (CfD) ou le modèle britannique «Regulated Asset Base» (RAB) offrent des pistes intéressantes.
Le spécialiste a souligné qu’une bonne structure de financement solide ne pouvait, à elle seule, pallier les faiblesses organisationnelles. Selon lui, une gestion de projet rigoureuse – avec une répartition claire des responsabilités, une direction de projet expérimentée et des mécanismes d’incitation adaptés – est tout aussi importante.
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de tenir compte de l’évolution des risques au fil du projet. Particulièrement élevés durant la phase de construction, ceux-ci diminuent considérablement une fois la centrale mise en service. Jan-Horst Keppler a ainsi plaidé en faveur d’un modèle de financement évolutif, dans lequel la part de responsabilité assumée par les investisseurs privés augmente à mesure que le projet avance.
Selon lui, la Suisse dispose de plusieurs atouts, notamment un faible coût du capital, une expertise économique reconnue et un cadre institutionnel stable. Le financement de nouvelles centrales nucléaires suppose toutefois, dans tous les cas, des décisions politiques inscrites dans le long terme, ainsi qu’une répartition des coûts et des risques bénéficiant d’une acceptation sociale suffisante.
Vous pouvez retrouver l’intervention complète de Jan-Horst Keppler dans un enregistrement vidéo.
Source
M.S./A.T., le 9 octobre 2026
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